L’homme – tournesol (ou comment se débarrasser de Van Gogh)

« Mon corps est fait du bruit des autres » écrivait Antoine Vitez et le corps de la peinture est fait des images des autres.

J’observe une fleur de tournesol accrochée à mon chevalet. J’aime sa structure alvéolaire et légèrement bombée comme l’iris. J’aime sa couronne de pétales desséchés, sa tige striée et creuse. Je la regarde à nouveau et je me rends compte que c’est elle qui me fixe de son œil sombre. « Que cherches-tu par ici ? Pourquoi ton visage associé au mien ?  Ne sais-tu pas que j’appartiens à un autre ?»

A la fin du mois d’août j’avais ramassé quelques tournesols déterrés et je les ai tant bien que mal fixés sur les murs de mon atelier, sans intention particulière. Cela faisait simplement écho aux meules de foin que j’avais dessiné l’été et c’était tout de même plus facile à ramener à la maison. Aussitôt accrochés au murs, ces tournesols (fatalement !) convoquaient l’illustre confrère. Comment faire quelque chose d’intéressant à partir d’un sujet peint tant de fois par « un saint » ? En somme, cette affaire part mal pour mes autoportraits que j’ai envie d’appeler « L’homme-tournesol ».

Maintenant l’été n’est plus qu’un souvenir, l’atelier se transforme tous les jours un peu plus en frigo, les meules de foin ne roulent plus et les tournesols semblent fossilisés.

Dans la forêt les derniers feux d’artifice de l’automne sont déjà tirés. J’essaie de dessiner ma tête comme je dessinerais une feuille. Avec détachement. Je suis la feuille qui tombe, je suis un enfant de novembre.

 

image L’HOMME – TOURNESOL, 2019, watercolor, gouache and pastel on paper, 105 x 75 cm, ©jorglanghans