Mettre tout à plat
Mettre tout à plat
Après un été de travail devant les falaises, me voilà de nouveau à l’atelier. Besoin de mettre tout à plat, d’accrocher les aquarelles faites in situ sur un mur blanc. Un mur neutre pour voir…voir si cela tient. Voir si quelque chose résiste au transport entre l’émotion devant le motif et le regard critique à l’atelier.
L’atelier est mon refuge et mon royaume. Ici, tantôt rois, tantôt mendiant.
Mais aujourd’hui je me sens incertain : peut-être parce qu’un autre dialogue est en train de naître.
Non plus entre le peintre et la nature mais entre le peintre et sa peinture.
Comme si, pour dire mon émotion devant cette falaise, devant ce MUR DE LUMIÈRE grandiose et fragile, il fallait d’abord m’en imprégner totalement, m’en éloigner ensuite, pour lui donner une forme plus « artificielle » dans le sens noble du terme. Une forme simplifiée, une forme plus nue, une forme essentielle si possible.
Je ressens la nécessité de créer « une falaise à moi ».
Je sais que je dois m’identifier à cette falaise, faire corps avec elle, devenir falaise en quelque sorte, être silex et craie à la fois comme nous sommes faits de chair et d’os.
Cette falaise, peu à peu, devient ma « montagne magique », ma « Sainte Victoire ».
( Assez régulièrement je pense à l’obstination de Paul Cézanne et à ses dernières œuvres. Il avait un sentiment d’inachevé face à la tache à accomplir et c’est précisément dans les blancs, les non-peints, qu’il nous a légué quelque chose de grand sur le plan spirituel, quelque chose qui le dépassait, quelque chose à finir…)
Jörg Langhans, « notes d’atelier » , septembre 2026
