Des écorces, suite

Comme une envie de clarté

Je me rappelle ma stupéfaction devant la Pietà au Louvre quand je l’ai vu pour la première fois. Ce chef-d’oeuvre de l’école provençale, attribué à Enguerrand Quarton, me captivait entièrement quand j’étais étudiant au Beaux-Art de Paris. La lumière qui émane de cette peinture est d’une nature très étrange. Elle vient autant du fond d’or encore très byzantin que de la peau du Christ flagellé. Lumière devant et derrière, simultanément. Cette double irradiation perturbe et intrigue le regard. A chaque fois que je passe devant ce tableau je le scrute avec l’espoir de découvrir son « secret » ? Comment est peinte cette peau ? Je reste comme ébloui devant la finesse de cette matière picturale et la façon quasi surnaturelle dont les traces de fouet et les blessures sont inscrites dans la peau. Je devrais plutôt dire fondu dans la matière de la peau parce qu’ici la main du peintre s’est comme retirée discrètement pour déposer ces marques de l’outrage. Peau martyrisée et exposée en pleine lumière : offrande sur fond d’or semblable a un suaire.

Ce tableau m’apparaît comme un fait immuable ! Il ne pouvait se présenter que de cette façon-là.

Mais quelle leçon puis-je tirer de ma rêverie devant un tableau du quinzième siècle ?

L’enjeu serait peut être d’aller vers cette clarté, cette évidence sans pour autant vider le motif de ses ambiguïtés. 

A l’atelier, devant mes lambeaux d’écorces accrochés un peu partout, il m’arrive de repenser à cette Pietà. Je sens depuis longtemps qu’il y a un lien curieux entre cette peau martyrisée et ces écorces arrachées. Certaines écorces je les ai peintes comme on peint un visage. Des fragments d’humanité… maltraités, arrachés à leur tronc commun, insignifiants d’apparence mais toujours lumineux, tous semblables mais tous différents… j’aimerais faire sentir tout cela.