LES DESASTRES DE LA GUERRE 

J’ai réalisé ces dessins pendant l’hiver 2015/16.

Auparavant, pendant presque dix ans j’ai peint des écorces blanches. Je cherchais un chemin pour parler d’une façon détournée de la condition humaine, du fragile, de l’absurde, de l’anéantissement des êtres et de l’oubli…mais cet hiver-là je trouvais tout cela insuffisant. Un sentiment d’impuissance et de vacuité face à l’horreur de la guerre. J’avais l’impression que ce que j’avais fait jusque là n’était pas assez fort.

Il fallait abandonner l’allégorie pour que l’écorce devienne chair, pour que l’allusion devienne une vision. Un chemin à rebours. Quand j’étais tombé sur les bouleaux déracinés dans la forêt j’avais pensé immédiatement à un charnier. J’ai ensuite transposé cette vision et essayé d’explorer toutes les possibilités émotionnelles et formelles de cette matière blanche. Mais cet hiver-là cela ne suffisait plus…il fallait affronter cette vision d’effroi frontalement.

J’ai décidé de partir des images de Goya. J’ai acheté une édition de 1937 avec des reproductions au format original des Quatre-vingt-cinq eaux-fortes regroupés sous le titre « LES DESASTRES DE LA GUERRE ». Avoir toutes ces reproductions sous les yeux m’a permis d’avoir un support visuel tangible à l’atelier qui m’évitait le piège des images d’actualité.

Mais le flot des informations quotidiennes se superposait insidieusement a mon travail. Chaque feuille m’amenait à une autre. Avec chaque dessin je butais sur cette question simple et obsédante : Pourquoi l’homme tue l’homme ?

Ne suffit-il pas d’un seul homme capable d’en tuer un autre pour que chacun d’entre nous en soit souillé ? Cette série m’a obligé à dessiner cette souillure-là. Mais l’ai-je mise à distance pour autant ?

 

JÖRG LANGHANS, LE 2 JANVIER 2018 À ANGY

 

Image : de la série LES DESASTRES DE LA GUERRE, 2015/2016, pastel sec sur papier, 50 x 65 cm